Agathe Poirier, la douceur d’une mèreArmand Lefebvre, intègre et talentueuxGabrielle Simard, une travailleuse acharnée
Neuf bas de noël ornaient la cheminée. De petites mains fouineuses s’y aventuraient et gloussaient de plaisir à l’idée de s’approprier leur contenu. L’odeur du sapin emplissait le pièce.
Dans cette modeste chaumière, on s’apprêtait à fêter noël. Pour l’occasion, Agathe avait préparé son fameux gâteau aux fruits à 3 étages. Elle adorait les traditions et désirait que ce noël soit inoubliable. Installée dans un petit village à Saint-Pierre de Wakefield (Québec), la famille vivait sans électricité ni eau potable. En ce noël de 1949, les enfants recevraient un peu de chocolat, un cahier à colorer, une pomme et une orange.
Née en 1917 à Saint-Pierre de Wakefield, Agathe était troisième d’une famille de 7 enfants. Élevée sur une ferme, elle a appris très jeune à travailler dur et à s’occuper des animaux.
Au printemps 1939, alors âgée de 21 ans, elle épousa Louis Poirier. Ils partagèrent 48 ans de vie conjugale et eurent 13 enfants. Mère affectueuse, elle prenait plaisir à bercer les tout petits. Louis, qui travaillait dans les bois, devait quitter sa famille régulièrement. Agathe en assumait alors l’entière responsabilité. Avec calme et douceur, elle vivait ce quotidien en s’assurant de répondre aux besoins de chaque enfant.
Madame Poirier a toujours apprécié la vie. La musique la transportait, les animaux domestiques l’attendrissaient, l’actualité l’intéressait. Elle aimait cuisiner et bien manger. Mais par-dessus tout, elle adorait ses enfants. Les voir grandir et s’épanouir a toujours été un grand bonheur pour elle.
Blottie contre son père qui la berçait, la petite Julie s’endormit profondément. Il pouvait entendre sa respiration régulière et sentir, au creux de ses bras, toute la fragilité du monde. Nuit après nuit, Armand Lefebvre revivait cette scène. Fillette à la santé précaire, Julie avait besoin de réconfort. Dans la pénombre, entouré des meubles qu’il avait lui-même construit, il réfléchissait. Optimiste de nature, il croyait fermement à la venue de jours meilleurs. C’était en 1948. Le pays vivait les séquelles de l’après-guerre. Travailleur infatigable, Armand oeuvrait à l’usine de pâtes et papiers de Gatineau comme opérateur et effectuait des travaux manuels dans ses temps libres.
Ses habiletés manuelles lui auront d’ailleurs permis de construire le chalet familial ainsi que plusieurs maisons pour ses proches.
Né en 1910 à Perkins (Québec), il était troisième d’une famille de 9 enfants. Très jeune, il a dû cesser l’école afin d’aider sa famille sur la ferme. Près de chez lui habitait Simone Lebel, jeune fille qui attirait ses regards. Après 2 ans de fréquentation, il l’épousa. Soixante et onze ans plus tard, leur union dure toujours. Ils ont su, côte à côte, traverser les années en s’entraidant et en se respectant. Avec leurs 2 filles ; Marie-Anne et Julie, ils ont formé une famille unie.
Toujours prêt à aider son entourage, monsieur Lefebvre était reconnu pour sa créativité et ses capacités exceptionnelles de bricoleur.
Homme solitaire et peu loquace, son épouse a appris, au fil des années, à le deviner. C’est avec calme, réserve et droiture qu’il a mené sa vie. Qualités pour lesquelles on l’a toujours beaucoup admiré.
Repoussant pour la dixième fois la mèche rebelle qui lui brouillait la vue, Gabrielle continua son travail. Les poches de sucre maintenant décousues, elle pouvait les faire tremper. Une fois la teinture imprégnée, elle pourrait ensuite créer de jolies robes qu’elle s’appliquerait à coudre à la main. Ces robes minutieusement fabriquées étaient destinées à Madeleine, son enfant unique. Vivant modestement, la famille ne pouvait acheter des vêtements pour l’entrée scolaire. Gaby, ainsi appelée par ses proches, usait donc de sa créativité et de ses talents de couturière pour habiller sa fillette. Madeleine serait coquettement vêtue pour débuter l’école en cet automne de 1942.
Née en 1909 à Montpelier (Québec), Gaby était troisième d’une famille de 8 enfants. Elle a vécu dans une maisonnée où la fratrie prenait plaisir à cohabiter. Cette bonne entente s’est poursuivie à l’âge adulte et a donné lieu à de fréquents rassemblements familiaux. Gaby, qui aimait chanter et danser, a toujours savouré ces moments.
À l’âge de 22 ans, conquise par le charme de
Alexis Simard, elle l’épousa. Ils s’installèrent
alors à la campagne où ils firent l’élevage
d’animaux. Cuisinière talentueuse, Gaby boulangeait
le pain, faisait le beurre, le lard… Travailleuse acharnée,
elle assurait souvent seule le bon fonctionnement de la chaumière
puisque Alexis devait s’absenter pour le travail durant de
longues semaines.
Sa fille se remémore une maison qui embaume le pain et les
tartes fraîchement sorties du four. Madame Simard aura su créer
cette atmosphère qui, 60 ans plus tard, demeure encore très
présente dans les souvenirs de Madeleine.